Interview Stephane Robert Part 2: Calm & Determination

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Stephane RobertVersion Française

Voici la suite de l’interview de Stephane Robert, joueur de tennis professionnel, classe 61e mondial en 2010. La 1e partie se trouve ici.

Aujourd’hui il nous parle de l’art de négocier ses matches, les rituels, le calme, son entrainement physique, et bien plus…

Pret? C’est partiiii!

Benoit: “Qu’est ce qui te parait le plus important quand tu es sur le court?”

Stephane: “Tout est dans l’art de la négociation avec moi-même. Quand je ne suis pas satisfait de la manière dont je joue, en étant conscient de ce qui se passe, en étant lucide, j’essaye de comprendre ce qui me perturbe.

J’ai bien sûr besoin de calme pour être en mesure d’analyser ce qui se passe pendant la partie. C’est donc sur ce point que je suis le plus vigilant.

Garder le plus grand calme pour pouvoir décider sereinement et faire les bons choix.

 

B: “Quels sont les pièges a éviter?”

S: “Les pièges sont multiples et dépendent de la personne.

Certains joueurs vont être galvanisés par le fait de jouer devant 10 000 spectateurs, d’autres vont être paralysés.

Pour un autre, le fait de jouer devant sa famille peut lui mettre la pression, le fait de jouer pour de l’argent, de gagner des points ATP.

Il y a beaucoup de pièges.

Il peut se passer beaucoup de choses dans la tête d’un joueur de tennis. L’idéal c’est de jouer chaque match, chaque point pour ce qu’il est.

On revient à la connaissance de soi pour apprivoiser les émotions qui peuvent survenir en match, arriver à les gérer au mieux. Le véritable piège, c’est de croire que tout va bien se passer et de se voir trop beau.

Il faut toujours se préparer à avoir un match difficile.

 

B: “Donc si je comprends bien, avant le match tu fais comme Rafa dans ses conferences de presse: tu te dis que le mec en face il est fort et que ca va pas être facile. Meme si en fait ca l’a souvent été au final avec lui. En quoi cette humilité et visualisation du pire aident tant?”

S: “Le vrai guerrier ne peut pas partir en se disant que cela va être facile.

Mieux vaut se dire que cela va être difficile et gagner facilement que de partir en se disant que cela va être facile puis sombrer face à la difficulté.

C’est pour maintenir un état de vigilance et un stress dont j’ai besoin pour être performant.

C’est une forme d’humilité, je peux perdre contre n’importe qui, j’accepte de perdre contre n’importe qui à partir du moment où j’ai été un guerrier.

 

B: “Quand tu ne te sens pas au top sur le court, tu es pour une raison ou une autre dans un jour sans, la plupart des joueurs de club se disent dans ca cas: “ok, c est pas mon jour de toutes façons” et ils ne changent pas grand chose. As tu un moyen pour te retrouver?

Si oui, lequel, ou comment faire dans ces cas la?”

S: “Quand je ne suis pas dans un grand jour, j’essaye de l’accepter et de ne pas passer mon temps à me lamenter.

Je suis là pour trouver des solutions.

Et mon attitude, mon body language sont importants.

En étant négatif, je sais que j’ai très peu de chance de m’en sortir sauf si mon adversaire se met tout seul dans le rouge.

Tout le travail que j’ai fourni depuis tant d’années est là, toute l’expérience emmagasinée m’aide à rester calme et à ne jamais renoncer dans la difficulté.

 

B: “En règle générale qu’est ce qui est important ou essentiel pour toi de placer dans ton entrainement pour arriver au top dans tes matches?”

S: “Grâce au travail d’éveil des sens, je travaille beaucoup ma concentration et j’entretiens ma capacité à rester concentré au moment où j’en ai le plus besoin.

J’aime beaucoup entretenir ma fluidité en travaillant mes rythmes de frappe.

Quand je sens que je frappe la balle sans effort, que je ne fais qu’un avec la balle, je sais que je suis dans les meilleures dispositions.

Je répète cela comme les gammes d’un pianiste.

 

B. “Aurais tu un conseil pour les joueurs qui veulent progresser pour qu ils s améliorent dans leur performance et en particulier au niveau mental?”

S: “Une fois que l’on s’est bien entraîné, c’est le moment d’aller jouer en compétition.

La recette magique, c’est de jouer avec calme et détermination.

Chaque joueur va devoir dompter son mental et ne pas écouter les sombres histoires que ce dernier veut nous faire prendre pour la réalité.

Balle de match sur mon service, deuxième balle, mon mental me dit que je vais faire une double faute, une autre voix me dit de tenter l’ace, je retrouve mon calme, je visualise une cible et je me lance.

3 choix dans ma tête! A moi de faire le bon!

 

B: “Effectivement, mieux vaut savoir se faire confiance a ce moment la, et ta réponse m amene a te poser 2 autres questions:

Premièrement, comment fait-on pour travailler cette confiance dans notre prise de decision? C est juste ce calme et determination a cultiver?

Quel genre d exercice tu fais pour ca?”

S: “Pour avoir confiance en soi, il faut donner des ordres clairs à son cerveau et faire des répétitions.

C’est tout un ensemble. Plus on s’entraîne en étant conscient des choses, de ce qui se passe dans sa tête, notamment dans les situations tendues, plus on sera capable de gérer ces moments.

Il faut un plan pour ça et le guide, c’est le calme.

Chacun parle à sa manière, ce langage a une influence sur ce que je vais être capable de mettre en place. Apprendre à se connaître, c’est ça. De quoi ai-je besoin maintenant pour mettre la balle où je veux?

Du calme, de la détermination, du relâchement, de la conviction?

Chacun sa recette en fonction de son ressenti sur le moment.

 

B: “2e question, cette fois a propos des cibles: est-ce que quand tu joues sur chaque frappe tu as une cible exacte de la ou tu veux envoyer la balle? Ou alors tu joues en mode automatique et la balle y arrive naturellement?”

S: “Concernant la cible, je peux les visualiser au service et au retour sur deuxième balle (sur première balle, je fais ce que je peux).

Dans le jeu, mon corps sent où il doit jouer.

Parfois, il y a bagarre entre mes sensations corporelles qui veulent aller à un endroit et mon mental qui me fait changer d’idées. Dans ce cas-là, je fais souvent la faute parce que je réfléchis.

 

B: “Donc on peut dire que le calme c est ce que tu cherches en premier lieu dans tes matches?

Comment tu fais pour être calme quand les doutes surgissent? T’as

une technique?”

S: “Le calme est fondamental, c’est ce dont je n’avais pas conscience à mes débuts.

Il m’arrive de perdre mon calme, je ne suis pas une machine.

Il s’agit pour moi d’observer les émotions et les pensées qui me traversent et lorsque je juge qu’elles peuvent avoir un impact négatif, je prends mon temps pour reprendre le jeu en étant vide de pensée.

Ma technique, c’est de m’observer de l’intérieur, c’est un peu comme de la méditation.

 

B: “Comment t’entraines tu physiquement maintenant?”

S: “Depuis plus de 10ans, je travaille de la même façon physiquement, de manière assez simple.

Je privilégie le travail physique raquette en main pour être psychologiquement en situation.

En gros, je travaille le cardio au panier ou sur des séquences de droite / gauche.

En dehors du terrain, je travaille la motricité spécifique du tennis en écoutant mes sensations pour être juste techniquement et détaché, car le détachement, cela se travaille aussi sans la raquette.”

 

B: “Dernier point que tu aimerais partager?”

S: “Concernant mon match contre Berdych, je n’ai pas été dans le flow dans les deux premiers sets perdus 6/3 6/3, j’y ai été par moments.

Ce jour-là, j’ai été très solide dans la gestion des émotions.

J’ai déjà joué des matchs où j’étais dans le flow en quasi continu et le score était beaucoup moins serré!

 

B: “Dernier point pour conclure?”

S: “Au moment où j’écris ces lignes, je viens de perdre au dernier tour des qualifications de Wimbledon en 5 sets. J’ai manqué une balle de break dans le 5ème set en tentant une frappe long de ligne sortant de peu. Je peux m’en vouloir d’avoir manqué ma cible.

Mais je suis fier d’avoir eu le courage de prendre ma chance plutôt que d’attendre des choses qui ne dépendent pas de moi.”

Question? Commentaire?

Vous pouvez partager dans la section commentaire qui suit vos remarques, ce qui vous a étonné ou meme vos questions.

Bon match a tous!

English Version

This is the second part of the Interview of Stephane Robert, world class tennis player, best ranked 61 ATP in 2010. Note that this interview, as well as many others, will be part of my upcoming book Flow Tennis.

If you have missed the first part of the interview where Stephane talks about detachment and awakening our senses, it’s here.

Ready for the next part? Let’s do it!

Benoit: “What seems to you the most important when you are on the court?”

Stephane: “Everything is in the art of negotiating with myself.

When I’m not satisfied with the manner I’m playing, while being aware of what’s going on, I’m doing my best to understand what distracts me.

Of course I need calm in order to be totally able to analyse what’s going on during the match.

Therefore it’s on this specific point I’m the most vigilant.

Calmness provides this ability to decide with serenity and to do the right choices.”

 

B: “What are the traps to avoid?”

S: “There are many traps and it depends from one person to another.

Some players will be excited to play in front of 10 000 people, some others will become paralysed.

For some others, the fact to play in front of their family can place them under pressure, or playing for ATP points, or for money.

Many things can happen in the mind of a tennis player.

The ideal is to play each match, each point, for what it is.

We come back to the awareness of ourselves in order to tame the emotions that can rise during the matches, and achieving to handle them as best as we can.

The true trap, it’s to believe that everything is going to work well and to see ourselves in an “over optimistic” light.

We should prepare ourselves to have a tough match. Always.”

 

B: “So, if I understand correctly, before the matches you’re doing like Rafa (Nadal) in his press conferences: you tell yourself that the guy on the other side of the net is very strong and that it’s not going to be easy. Even if, in fact, matches with him often turned easily for him in the end. To what extend this humility and visualisation of the worst things that could happen are helping that much?”

S: “The true warrior can’t go in the battle telling himself it’s going to be easy.

Better to tell ourselves it’s going to be tough then win easily rather than telling ourselves it’s going to be easy then fail facing the adversity.

This is to maintain a state of vigilance and a positive stress that I need in order to be performant.

This is also a form of humility, I can lose against anyone, I accept to lose against anyone, if and only if I have been able to be a warrior.”

 

B: “When you don’t feel you are at your best on the court, that for one reason or another you’re in a day off, most amateur players tell themselves: “ok, this is not may day anyway”, and they don’t change anything.

Do you have a system to be back?

If so, which one, and what to do in those moments?”

S: “When I’m not in a big day, I’m doing my best to accept it and to not spending my time to blame myself.

I am here to find out some solutions.

And my attitude, my body language, are important.

If I’m negative, I know I have very few chances to find the exit gate, except if my oppenent is not doing his job.

On the other hand, I know that all the work I have done for so many years is here, all this experience is helping me to remain composed and to never give up facing difficulty.”

 

B: “In general, what is the most important, or even essential for you to place in your training in order to arrive at the top of your game during matches?”

S: “Because of the training of waking up my senses, I work a lot on my concentration and I keep my ability to stay focused at the moments I need it the most.

I love to pay attention to the fluidity of my movements as I work on the rhythm of my strokes.

When I feel I can hit the ball effortlessly, that I’m doing one with the ball, then I know I’m at my best.

I repeat this like a pianist repeating the same patterns again and again.”

 

B: “Would you have any advise for those eager players ready to make changes and in order for them to improve, especially their mental toughness?”

S: “Once we have trained well, it’s time to go and play in competition.

The magic recipe, it’s to play with calm and determination.

Each player will have to tame his mind and to not listen to the dark stories this latter wants us to believe.

Match point on my serve, second serve, my mind is telling me that I’m going to make a double fault, another voice is telling me to go for the ace, I find my calm, I visualise a target, and I go for it.

3 choices in my mind! My job to make the right one!”

 

B: “Indeed, better knowing how to trust ourselves at those times, and your answer leads me to ask to other questions:

– how do we do to work on this ability in our decision making? Is it just to remain calm and to cultivate determination? What kind of exercise do you do for this?”

S: “In order to trust ourselves, we have to give clear orders to our minds and do some repetitions.

It’s a virtuous cycle.

The more we train being aware of what’s going on, outside and inside our minds, and especiallly in tough moments, the more we’ll be able to handle those moments.

We need a plan and for this, the guide, it’s the calm.

Each person talks to himself in his own way, this language has an influence on what he’s going to plan. Or not.

Learning to know ourselves, this is the lesson!

What do I need now in order to place the ball where I want?

Is it calmness, determination, relaxation, conviction? Each one of us has his recipe depending on his feeling in the moment.”

 

B: “2nd question with the targets: when you play, do you have an clear target on each stroke you hit? Or do you play in “automatic mode” and the ball goes there automatically?”

S: “Regarding the target, I can visualize them when I serve and when I return a second serve (on first serve, I do what I can).

During the game, my body feels where to play.

Sometimes, there is a battle between my body sensations that want to aim somewhere and my mind that make me change ideas.

In those cases, I often end up doing a mistake because I think.

 

B: “Therefore we can say calmness is what you’re looking first and foremost during matches?

How do you do to remain calm when doubts are coming up? Do you have a technique?”

S: “Calm is essential, this is what I didn’t realize at the beginning of my career.

It still happens I lose my temper, I am not a machine.

In this case, it’s for me to observe my emotions and the thoughts that cross my mind. When I judge they can have a negative impact, I take my time to start the game only once I’m with empty thoughts again.

My technique, it’s to observe myself from the inside, it’s a bit like meditation.”

 

B: “How are you training fitnesswise nowadays?”

S: “For the last 10 years, I’ve been working on the same manner physically, rather a simple method I have to say.

I choose to work for the most part with my racket, in order to be ready psychologically in real situation.

To summarise, I work my cardio with someone sending me balls everywhere, or doing sequences right-left-right-left.

Outside the court, I work my “specific tennis motricity” listening to my sensations in order to do the right things technically and detached, because detachement can be worked without racket as well.”

 

B: “Last point you’d like to share?”

S: “Regarding my match against Berdych [first round 5 sets victory in French Open 2011], I was not in the flow during the first 2 sets lost 6/3 6/3, only at some few moments.

That day, what I’ve done very well is to deal with my emotions.

I have played matches where I was in the flow almost all the time, and the score was much less tight!”

 

B: “Last point to conclude?”

S: “At the moment I’m writing those lines, I just lost last round of the qualifications of Wimbledon (2015) in 5 sets.

I missed a break point in the 5th set daring to hit a shot down the line…that I miss for just a bit.

I can blame myself for having missed my target.

But I am proud to have dared to take my chance rather than waiting for things that don’t depend on me.

What Do You think?

You can share your thoughts, remarks and questions below. Whatever this interview has triggered for you.